Stephan Zweig : Le voyage dans le passe

Publié par Stéphanie on mercredi, novembre 19, 2008 commentaires (9)




Le voyage dans le passé est l'histoire des retrouvailles au goût amer entre un homme et une femme qui se sont aimés et qui croient s'aimer encore. Louis, jeune homme pauvre mû par une " volonté fanatique " tombe amoureux de la femme de son riche bienfaiteur, mais il est envoyé quelques mois au Mexique pour une mission de confiance. La Grande Guerre éclate. Ils ne se reverront que neuf ans plus tard.







Au travers de cette nouvelle inédite (elle n'avait jamais été traduite en Français), Stephan Zweig décrit admirablement (mais est ce étonnant après avoir lu Lettre d'une inconnue?) les prémices de l'amour, son expression, son déclin ou plutôt son hibernation et son retour. Les mots sont évidents et pourtant magnifiques, j'ai eu envie de recopier le texte en entier. Rarement j'avais été aussi touchée par des mots aussi simples et aussi bien assemblés. Quiconque a été amoureux une fois dans sa vie, a ressenti le lent émerveillement devant l'autre qui devient presque une extension de soi, ne peut qu'être touché.
C'est un travail d'orfèvre dont la principale qualité est certaiment de sembler aussi évident, aussi simple (je sais je me repète, mais les mots me manquent).

Un extrait (et j'ai réussi à ne pas vous recopier tout le livre!)
"Ce n'était pas lui qui l'avait attirée à lui, ni elle à elle, ils étaient tombés dans les bras l'un de l'autre, comme emportés ensemble par une tempête, l'un avec l'autre, l'un dans l'autre plongeant dans un inconnu sans fond, dans lequel sombrer était un évanouissement à la fois suave et brûlant - un sentiment trop longtemps endigué se déchargea, enflammé par le magnétisme du hasard, en une seule seconde. Et ce n'est que peu à peu , lorsque leurs lèvres collées se détachèrent..."

L'avis d'Emeraude que je remercie grandement pour ce prêt.

PS : Grasset propose une édition bilingue et magnifiquement protégée par une sous-couverture à la photo qui nous plonge déjà dans l'histoire.

Stephan Zweig : Lettre d'une inconnue

Publié par Stéphanie on lundi, novembre 03, 2008 commentaires (8)




Un écrivain à succès reçoit un jour une lettre bien mystérieuse. Pas de destinataire, aucune indication de sa provenance. Il ouvre l'enveloppe et commence à lire et découvre qu'il s'agît d'une lettre dont il ne se souvient pas. Il s'agît d'une révélation d'un secret. Celui d'un amour fou d'une femme qui a aimé l'écrivain depuis ses treize ans, l'a aimé toujours en silence. Elle l'a connu alors qu'elle n'était encore qu'adolescente, et n'a immédiatement vécu que par lui, qui ne s'est jamais rendu compte d'elle.



Il y a presque une éternité (en fait bientôt une année), j'ai relevé le défi Fashion Klassik list. J'avais immédiatement lu Lettre d'une inconnue qui fut ma première rencontre avec cet auteur. La première fois que j'ai entendu parler de Stephan Zweig, ce fut pour écouter un collègue simplement dire que c'était un auteur dont il fallait un livre sur sa table de nuit pour attendrir les femmes. Cela vous donne malheureusement une bonne représentation de l'utilisation de la littérature pour certains de mes collègues... Passons...
Cet après-midi en lisant la nouvelle inédite qui vient de paraitre (merci Emeraude pour le prêt), je me suis rappelée que mon billet sur Lettre d'une inconnue était toujours à l'état de brouillon.
Finalement mon collègue avait peut-être raison, Stephan Zweig est certainement un romancier pour femmes mais dans tout ce qu'il y a de meilleur et de plus beau. Cette nouvelle par son sujet et son traitement est une petite merveille de pudeur. Les mots sont finement choisis et le récit qui en résulte m'a bouleversée.

A lire si ce n'est pas encore fait.

Malheureusement, la suite de mes lectures pour le défi n'a pas été aussi émouvant. Affaire à suivre...

Brigitte Giraud : L'amour est très surestimé

Publié par Stéphanie on mercredi, septembre 24, 2008 commentaires (6)

L'amour est très surestimé quand il est fini. Onze destins, onze nouvelles racontent la fin de l'amour. Avec une justesse et une précision douloureuse Brigitte Giraud ausculte le désir moribond, les compromis honteux, les naufrages intimes et les silences des couples en train de se perdre. Elle traque les mensonges et le deuil, l'exil intérieur, la vie qui bascule et chacune de ses phrases, chacun de ses personnages nous tend un miroir.





La fin de l'amour nous est contée au travers de 11 nouvelles. Le quotidien, l'habitude ont peu à peu rongés cette passion, cet amour que l'on croyait éternel. 10 narrateurs démentent le caractère éternel de l'amour, leur amour n'a pas résisté. La plupart n'aime plus l'autre. Les petits défauts qui les émouvaient, ne sont plus qu'une source d'énervement. La fin de cet amour est souvent matière à départ, je pourrais dire heureusement tant cela semble inévitable. Cependant, il peut-être aussi caché derrière la lâcheté, l'incapacité "à le faire".
Ce sont des récits sans espoirs, tous ayant été balayé par le temps. Les narrateurs sont éternels, certains sont même unisexes, il faut se concentrer pour remarquer un accord qui permet de déceler le sexe du narrateur.
L'écriture est simple, de cette simplicité qui provoque toujours mon admiration. Pas d'effets de style in

Un seul, le dernier, une lettre d'une femme quiquagénaire à son homme. Elle s'inquiète de ce temps qu'ils n'ont pas vu passer mais pourtant l'amour est encore.
L'amour n'est pas peut-être aussi surestimé que cela...

David Foenkinos : Tout l'espoir du monde dans un baiser

Publié par Stéphanie on lundi, septembre 15, 2008 commentaires (1)


A l’occasion de la deuxième édition de la Journée mondiale du Lymphome (le 15 septembre 2008), l’association France Lymphome Espoir a fait appel à deux artistes talentueux afin de sensibiliser le plus grand nombre. David Foenkinos, auteur à succès de nombreux romans parmi lesquels Le potentiel érotique de ma femme et Seb Jarnot, référence dans le monde de l’illustration, ont été choisis pour évoquer en mots et en images ce cancer. Acheter et lire la nouvelle Tout l’espoir du monde dans un baiser est une manière de soutenir l’association car l’intégralité des bénéfices lui sera reversée.


Edouard est malade. Lui le pessimiste, se retrouve atteint d'un lymphome alors que tout cela ne semblait au départ qu'un simple mal de gorge. La maladie, on ne pense jamais que c'est sur soi qu'elle va tomber. Et quand soudain la santé n'est plus là, la vision du monde change.
C'est une courte nouvelle de David Foenkinos mais j'y ai retrouvé tout son univers avec en plus une touche un peu plus poussée que dans ses autres titres de romantisme. C'est un très joli moment de lecture qui donne le sourire. Et en plus, c'est une bonne action, alors n'hésitez pas à commander la nouvelle.

L'interview de l'auteur



Le site de l'association, où acheter la nouvelle pour 5 euros

Thomas Day : L'automate de Nuremberg

Publié par Stéphanie on mercredi, août 27, 2008 commentaires (5)

Couverture :
" Ai-je une âme, Père ? " Telle est la question que Melchior Hauser, le célèbre automate joueur d'échecs, veut poser à son créateur, Viktor Hauser. De la cour de Russie au quartier juif de Nuremberg, des brumes londoniennes aux chaleurs de l'Afrique, il part à la recherche de ses origines, mais sa quête pourrait bien lui réserver des surprises... Sur fond de campagnes napoléoniennes, un voyage initiatique à la croisée des genres pour entrer dans l'univers de Thomas Day.



Mon avis :
Encore un achat du salon du livre d'Epinal! Petit à petit, j'essaie de les lire. Lorsque nous avons rencontré Thomas Day, Fashion sautillait sur place en pensant à Yueyin qui si j'ai bien compris est une fan, tandis que moi, je ne savais pas du tout de qui il s'agissait encore une fois. J'ai du lui paraitre un peu rude en lui demandant si cette nouvelle était une commande de Folio. Effectivement, j'ai eu quelques bonheurs, mais surtout des regrets dans cette collection à 2 euros. Le monsieur m'ayant assuré qu'il ne s'agissait pas d'une commande, j'ai pris un risque.

Et voilà, commande ou pas, j'ai été embarquée par l'histoire de cet automate surdoué auquel il ne manque qu'une parole fluide. La nouvelle se présente sous la forme du journal de Melchior Hauser, un automate d'échec à qui le tsar de Russie vient de rendre sa liberté. Il part sur les routes d'Europe accompagné de Derevko un soldat, pour retrouver son créateur. Melchior veut savoir s'il a une âme. Cette quête est l'occasion de croiser divers personnages, et permet à Melchior de prouver tout son génie. Mais il ne reste qu'un automate...

J'ai aimé le style de l'auteur qui s'adapte parfaitement à celui d'un automate. Je le relirais en plus grand format avec plaisir.

Li-CAm - Laura Vicedo - Philippe Aureille : La petite Bébeth

Publié par Stéphanie on samedi, août 02, 2008 commentaires (4)



Couverture :
Bébeth n'a que 8 ans. Elle est petite pour son âge mais grande dans sa tête. Encore trop jeune pour vraiment comprendre le monde qui l'entoure, elles pressent déjà le chaos et les paradoxes de la vie...
Cette compréhension précoce des enjeux de la condition humaine, toutes ces idées qui tournent dans sa tête -et auxquelles personne ne semble pourvoir répondre -sont les sources d'une angoisse qui la contraint à se réfugier dans un monde chimérique, mélange entre rêve et réalité, où la maladie, la mort, l'échec ne sont que des artifices de l'esprit, comme tout le reste.

La collection " Petite Bulle d'Univers " est le terrain de rencontre entre un écrivain, un plasticien et un graphiste. Pour ce troisième numéro, Li-Cam, Laura Vicédo , Philippe Aureille nous offrent une vision émouvante et personnelle de l'imaginaire enfantin autour du thème du " recyclage ".

Mon avis :
En lisant l'anthologie La terre, je suis tombée sous le charme de la plume de Li-Cam. J'ai eu la chance de la rencontrer lors du salon des Imaginales et sur les conseils de Jeanne-A Debats, j'ai acheté la nouvelle graphique La petite Bébeth.
Ici j'ai retrouvé avec plaisir (mais pour un trop court moment encore une fois), l'univers poétique que sait créer en quelques lignes Li-Cam. Par touche de mots, sans qu'on s'en rende compte, un univers est créé, borderline mais touchant. Et grâce à ce format de nouvelle graphique, le texte est illustré par de très belles compositions de Laura Vicedo et Philippe Aureille sur le thème du recyclage. Je trouve que ce thème fait excessivement bien écho à celui de l'imaginaire enfantin support de la nouvelle.
Peu à dire car le texte est court et agit comme un sortilège qu'il faut découvrir par soi-même.

Le site de l'auteur

Varlam Chalamov : Mes bibliothèques

Publié par Stéphanie on jeudi, juin 26, 2008 commentaires (7)


Couverture :
« Certains aiment les livres comme on aime des personnes : ils les rencontrent, s'en éprennent, s'en déprennent, les caressent, les rejettent, les oublient, les traquent, les retrouvent, les possèdent et les perdent. Si la vie les empêche de les collectionner et de les enfermer dans la prison d'une bibliothèque, ils vont leur rendre visite ailleurs et parfois les enlèvent. Ils les rêvent. Nous connaissions déjà Chalamov l'écrivain des camps, le poète de la Sibérie. Voici Chalamov le lecteur, l'amoureux des livres, parmi les rayonnages de ses bibliothèques. » (présentation de l’éditeur)

Mon avis :
Cette nouvelle de Valam Chalamov (54 pages) est l'occasion de faire parler un amoureux des livres. Ici la littérature représente ce qu'il y a de plus beau et de plus noble : la liberté, une ouverture sur le monde, sur la pensée alors que le narrateur va jusqu'à subir l'emprisonnement. Désolée pour cette envolée plutôt lourde de lyrisme de supermarché, mais c'est l'impression que j'ai eu durant cette courte lecture. Je n'utilise pas le terme trop court d'ailleurs car je trouve le format totalement approprié.

Chalamov était capable d'économiser sous par sous afin de s'offrir de nouvelles lectures quand des bibliothèques pleinent de trésors cachés ne pouvaient pas assouvir sa soif de récits.
Deux passages m'ont particulièrement touchée :
- le réapprentissage de la lecture pour ce prisonnier qui tombe par hasard sur un vieux livres
- la description des délices de la remarquable bibliothèque de Karaïev.

Un court récit qui rappelle notre chance de LCA seulement quelquefois brimées par les limites imposées par notre banquier.

Evgueni Zamiatine : L'inondation

Publié par Stéphanie on vendredi, juin 20, 2008 commentaires (3)

Couverture :
" La vitre tintait sous le vent, des nuages gris et bas - des nuages de la ville, des nuages de pierre - passaient dans le ciel - comme s'ils étaient de retour, ces nuages étouffants de l'été que pas un orage n'avait transpercés. Sophia sentit que ces nuages n'étaient pas au-dehors, mais en elle, que depuis des mois ils s'amoncelaient comme des pierres, et qu'à présent, pour ne pas être étouffée par eux, il fallait qu'elle brise quelque chose en mille morceaux, ou bien qu'elle parte d'ici en courant, ou encore qu'elle se mette à hurler... "

Mon avis :
Les rings du bookcrossing ont l'avantage de découvrir d'offrir la possibilité de découvrir des livres que l'ont n'aurait jamais acheté. Cela revient quelque fois à choisir les yeux fermés un livre dans un bibliothèque : une personne dont vous ne connaissez pas les goûts, le propose en ring, et vous vous dites pourquoi pas et vous vous inscrivez.

C'est comme cela que j'ai reçu ce très court roman ou plutôt cette nouvelle de Evgueni Zamiatine, auteur totalement inconnu pour moi. Son roman Nous autres aurait inspiré 1984, de George Orwell et Le Meilleur des mondes d'Aldous Huxley. Et j'avoue que je suis très curieuse de découvrir ce roman.

L'inondation nous conte l'histoire simple de Sophia, femme de Trofim Ivanytch. Les deux époux n'ont pas réussi à avoir un enfant et un jour Trofim se rend compte qu'un enfant manque dans son foyer. Le voisin meurt laissant une fille, et Sophia propose d'accueillir la jeune fille chez eux. Malheureusement ce sont des sentiments bien loin de ceux d'un père que finit par éprouver Trofim.
Il s'agit exactement du genre de récit qui me laisse dubitative : je suis capable de reconnaitre la qualité de l'écriture de Zamiatine, mais je ne comprends pas en quoi ce récit simple, inéluctable, pourrait être "un des ses chefs-d'œuvre absolus". J'ai passé un joli moment de lecture mais que j'oublierais certainement très vite.
Une non-rencontre qui ne m'enlève pas l'envie de lire Nous autres.

Collectif : Element I : La Terre

Publié par Stéphanie on mardi, juin 03, 2008 commentaires (4)


Couverture :
Elle voit tout, entend tout, ressent tout.
Mille histoires ont fleuri à sa surface, coulé en son sein pour irriguer notre culture, quand elles ne se sont pas cristallisées dans ses entrailles telles des pierres précieuses. Elles tracent leurs sillons dans sa chair et l’imprègnent un peu plus chaque jour.
Treize auteurs ont entendu son appel et vous racontent La Terre ! Les Terres d’hier et d’aujourd’hui ainsi que celles de demain, avec leurs lots de souffrance, de violence, de sacrifice, de joie, de rire…
De l’élément à la planète, de sombres secrets en touchantes offrandes, treize nouvelles pour voir la Terre autrement.
Sommaire :

  • Le Plaidoyer de la Terre, par Sébastien Gollut
  • Poussière de Charbon, par Graham Joyce traduit par Mélanie Fazi
  • Odeur des pluies de mon enfance, par Timothée Rey
  • Humus sapiens Cochard, 1917, par Benoît Giuseppin
  • Mémoires de Terre, par Li-Cam
  • Les Veines de la Terre, Gabriel Féraud
  • Fata Organa, par Jeanne-A Debats
  • Dettes à honorer, par Réjane Durand
  • Dans la terre, par Karim Berrouka
  • Terre blanche, terre rouge, par Marie Barthelet
  • Le Cadeau, par Robin Tecon
  • Réclusion, par Laëtitia Millet
  • L’Absente, par Sylvestre Sisco

  • Mon avis :
    Ce recueil commence magnifiquement avec le plaidoyer de la terre, complainte mélancolique et poétique. J'ai trouvé que sa place était particulièrement adéquate. En première place de cette anthologie, elle montre toute sa force, décalée par son style des autres récits, elle les introduit pourtant très bien.

    Ensuite, je suis littéralement tombée sous le charme de la plume de Li-Cam, et des ses deux personnages, un couple professionnel improbable entre un policier terre à terre et un Golem, nommé Franck. Le Golem est un géant de plus de deux mètre, mutant de l'affect. A eux deux, ils sont chargés de retrouver une petite-fille disparue. Cette paire feraient d'excellents personnages pour un roman.

    Jeanne-A Debats nous entraine dans une grotte où se perd une jeune-femme auquelle pourraient s'identifier nombre de blogueuses. Elle se retrouve face à un esprit qui pour ne pas l'effrayer peut prendre différentes formes. Imaginez se retrouver face une copie de Georges, Hugh ou Harisson? Ce n'est pas le choix de l'héroïne, mais le sien ne manque pas d'allant! J'ai aimé le ton caustique de la narratrice. Ses interrogations de son temps.

    J'ai été troublée par le réalisme de Terre blanche, terre rouge. La végétation a disparu, la terre est recouverte d'une substance blanche mortelle si on la touche. Il n'y a plus ni été, ni hiver. Ermelinde, une jeune-fille, ne veut pas oublier la terre d'autrefois et cherche comment combattre cette substance.

    Le recueil se termine aussi justement qu'il avait commencé par l'Absente. Une nouvelle "réveil-matin" qui peut déranger et remettre en cause nos vies routinières.

    Le site de l'éditeur
    Magali Duez et Nathalie Dau seront à la librairie Neverland (78) samedi 7 juin de 14h à 18h.

    Colum McCann : Ailleurs en ce pays

    Publié par Stéphanie on lundi, mars 17, 2008 commentaires (19)

    Couverture :
    Ces trois nouvelles – deux brèves, une plus longe – triptyque savamment agencé, semblent jaillir d'une nuit profonde, asphyxiante, bruissante de souffles et de plaintes muettes : la couleur de la verte Irlande est ici le noir, d'abord. Une Irlande contemporaine, mais pas forcément d'aujourd'hui : sa blessure presque intemporelle, comme en témoigne Une grève de la faim, qui évoque les très sombres "années Thatcher". Colum McCann pratique son art avec une exigence rare : dans cette écriture apurée jusqu'à l'ascèse, les mots sont soigneusement triés, pesés, nettoyés, ciselés et disposés comme pierres précieuses sur la table du diamantaire. Dialogues resserrés, voix couvertes dont seul l'écho nous parvient – arêtes rugueuses aux scintillements de granit, gouttes d'eau tintant au fond du puits de la conscience. Une fille et son père, une mère et son fils – deux fois : il est question d'héritage moral, de transmission et d'amour, de survivance aux limites de l'impossible et de l'indicible. Grand musicien moderne, McCann sait puiser dans la souffrance une vitalité orageuse, indomptable, pour nous adresser son secret, signe d'espoir, petit éclair – dans la nuit

    Mon avis :
    Afin de fêter dignement la Saint-Patrick, le club des théières a proposé à la blogosphère de se joindre à notre lecture commune de mars avec un roman parlant de l'Irlande ou écrit par un Irlandais. Une petite recherche sous Wikipédia m'a malheureusement permis de constater que la plupart des auteurs cités n'étaient pas encore traduits en français.

    Avec Tamara, nous avons donc choisi la facilité, en allant un samedi après-midi, simplement demander conseils à un libraire passionné de littérature anglo-saxonne, Christophe de I love my blender. Si vous passez dans le marais, n'hésitez pas à aller le voir, il saura vous trouver 2 ou 3 perles à lire de toute urgence :)
    Donc entre deux préparations psychologiques à une virée en pub, j'ai lu ce recueil de trois nouvelles de Colum McCann.

    Trois nouvelles pour parler des heures noires de l'Irlande. Il s'agit d'un genre qui semble très utilisé dans la littérature irlandaise :
    - Ailleurs en ce pays : La narratrice est une jeune-fille qui part une nuit d'orage particulièrement violent essaie de sauver avec leur père leur cheval menacé de noyade. Arrive un camion de soldats anglais, dont le père souhaite refuser l'aide. Au fil des pages, on devine peu à peu le drame qui a secoué sa famille.
    - Le bois : Un menuisier est devenu paralysé suite à un accident. Sa femme accepte à son insu une commande d'orangistes pour des hampes.
    - et surtout : Une grève de la faim : Une mère et son fils s'installent dans une nouvelle ville pour tenter de s'éloigner de la violence des combats entre indépendantistes et anglais. L'oncle du "gamin" est actuellement prisonnier et entame une grève de la faim dont plusieurs prisonniers sont déjà morts.

    J'ai beaucoup aimé le style de Colum McCann et je n'hésiterai pas à lire d'autres de ses écrits (en évitant peut-être Zoli qui si j'ai bien compris, n'est pas son meilleur). Colum McCann fait ici démonstration d'un véritable talent pour suggérer plutôt que dire (ou plutôt écrire) la douleur psychologique de ses personnages.
    Une grève de la faim est le récit le plus poignant, il montre la souffrance des proches, dans ce qu'on pourrait appeler les dommages collatéraux. J'ai particulièrement été touchée par une scène ou le petit évacue une partie de sa terreur en simulant une bagarre.

    Trois nouvelles noires que je vous conseille fortement.

    Ont également participé à cette lecture (n'hésitez pas à laisser le lien de votre billet dans les commentaires) :
    Karine, Florinette, Papillon, Tamara, Emeraude, La nymphette, Hydromielle, Malice, La liseuse, Clarabel, Chiffonette,

    Philippe Delerm : Paris l'instant

    Publié par Stéphanie on jeudi, mars 13, 2008 commentaires (14)

    Couverture :
    "Il y avait quelque chose dans l'air, ce matin-là. Ça ne s'explique pas. Ça vient deux fois par an, peut-être, au début du printemps souvent, et quelquefois à la fin de l'automne. Le ciel d'avril était léger, un peu laiteux, rien d'extraordinaire. Les marronniers ne déployaient qu'avec parcimonie leurs premières feuilles sucrées. Mais elle l'avait senti dès les premiers pas sur le trottoir, avant même d'enfourcher sa bicyclette. Une allégresse. Pas le jaillissement de la joie, pas le battement de cœur toujours un peu anxieux du bonheur."

    Mon avis :
    J'adore Paris, je trouve que c'est vraiment la plus belle ville du monde et pourtant j'en ai déjà visité quelques unes pendant mes vacances.
    J'ai aimé Lisbonne et lire à l'ombre de ses terrasses, j'ai aimé Bordeaux, j'ai aimé Nantes et ses petites ruelles, j'apprécie Londres et son melting-pot, je suis suis restée bouche-bée devant les grattes ciels de New-York et son agitation perpétuelle (cette ville ne dort vraiment jamais); et pourtant... A chaque fois que je reviens à la maison, et par la magie d'un tour en RER je retourne me balader à Paris, je me redis que, vraiment, c'est la plus belle ville :)
    Encore il y a peu, rentrant d'une belle soirée théâtre, où j'ai en plus revu deux photographes dont je suis baba du travail, en faisant la liaison à pied entre métro Madeleine et RER Auber, apercevoir un bout du toit de l'opéra a suffit à me faire faire un grand sourire!

    Donc ce livre était pour moi...des courts textes de Philippe Delerm illustrés par de belles photographie de sa femme, Martine Delerm. Et pourtant le charme n'a que trop peu agi.
    J'ai trouvé dommage que certains textes auraient pu être un peu écrits dans n'importe quelle ville comme celui en extrait sur la couverture, et qui est pourtant mon préféré.
    Je n'ai pas retrouvé mon Paris, même si j'ai eu globalement plaisir à découvrir quelques anecdotes de celui de Philippe Delerm.
    Je recommande tout de même sa lecture, parce qu'il m'a donné envie de me reperdre dans le marais, de lever encore plus souvent le nez pour regarder les toits de Paris, de m'assoir sur un banc de la place des Loges ou du Luxembourg pour lire, parce que la lecture est plus belle avec une belle vue...

    Jean-Philippe Blondel : Accès direct à la plage

    Publié par Stéphanie on samedi, mars 01, 2008 commentaires (18)


    Couverture :
    Ce roman prend racine aux quatre coins des côtes françaises. De Capbreton dans les Landes, en 1972, à Arromanches - Calvados - en 2002, en passant par Hyères et Perros-Guirec. Rien ne relierait ses personnages s'ils n'avaient le goût des locations en bord de mer. Les couples, les familles, les célibataires... Ils éprouvent tous le sentiment d'être à la suite de quelqu'un. Il reste une empreinte qui s'attarde. Ici, il y a eu des envies, et puis des bonheurs étrangers qui ressemblent aux leurs.

    Mon avis :
    Après Philippe Claudel, je me devais de découvrir Jean-Philippe Blondel, le deuxième auteur qui avait autant ravis les blogueuses parisiennes lors de séances de dédicaces à la rentrée :)
    J'ai donc commencé par ce petit recueil, déniché pour 50 centimes chez Boulinier (du temps où je n'avais pas encore compté ma pal et pris la résolution de ne plus acheter de livres tant qu'elle n'aurait pas retrouvé un semblant de raisonnable, ce qui ne l'empêche pas de continuer à augmenter tous les jours, il faudrait pour cela ne plus fréquenter des LCAs :)

    Il s'agit en tous cas d'une très jolie découverte. Le recueil est divisé en 4 parties qui représentent chacune 4 époques et 4 lieux de villégiature :
    - 1972 : Capbreton
    - 1982 : Hyères
    - 1992 : Perros-Guirec
    - 2002 : Arromanches

    Chaque chapitre donne la voix à l'un des personnages. Petit à petit comme un puzzle, on comprend les intéractions entre chaque vacancier. C'est certainement l'un des plus grand charme de ce recueil, proposer un format nouvelles mais qui finit par se lire comme un roman à plusieurs voix. Le charme est complet, puisque certains personnages se retrouvent d'une période à l'autre pour mieux comprendre leurs précédentes pensées.

    Un très bon moment, trop court, que j'ai hâte de prolonger par la lecture de l'un des romans de cet auteur.

    Léon Tolstoï : Le réveillon du jeune tsar et autres contes

    Publié par Stéphanie on lundi, février 04, 2008 commentaires (10)

    Couverture :
    Après une longue journée de réunions, décrets et audiences, le jeune tsar s'endort en attendant sa femme pour le réveillon. Lorsqu'il rouvre les yeux, il n'est plus dans son palais mais à la frontière avec la Prusse et voit un soldat tirer sur un contrebandier. Toute la nuit, il voyage ainsi à travers la Russie et prend peu à peu conscience du poids des responsabilités qui lui incombent...
    Des contes d'une vérité poignante, témoins d'une époque en train de disparaitre, par l'auteur d'Anna Karénine.

    Mon avis :
    Ces petits Folio à 2 euros sont une excellente idée lorsqu'ils reprennent des textes courts ou des nouvelles déjà écrites d'auteurs comme La boite noire de Tonino Benacquista. Je mettrais un petit bémol finalement sur leur série "Petit éloge", ayant aimé moyennement Petit éloge de l'excès et n'ayant pas aimé Petit éloge des grandes villes. Et dire que j'ai dans ma PAL, plusieurs de leurs copains!

    Le réveillon du jeune tsar et autres contes était donc mon premier contact avec Léon Tolstoï. Un contact pas prévu du tout aussitôt car même si Fashion me vante régulièrement les mérites de Guerre et Paix, j'ai déjà une découverte de poids de ses classiques prévue cette année! Cependant, j'ai reçu ce livre bonus avec un bookring et je me suis donc dépêchée de le lire pour le relâcher.

    Il s'agit de quatre nouvelles qui m'ont toutes plues :
    - Les mémoires d'un fou
    - Une âme simple
    - Le réveillon du jeune tsar
    - Ainsi meurt l'amour

    J'ai beaucoup aimé le style d'écriture de l'auteur. Les contes et légendes sont un genre que j'apprécie beaucoup et là ce sont des nouvelles de belle qualité, même si je ne les qualifierais pas toutes de contes.
    J'ai particulièrement apprécié la dernière du recueil où le narrateur découvre malheureusement l'un des pire tue l'amour...

    Une très jolie découverte de cet auteur, je doute résister longtemps aux sollicitations de Guerre et Paix si je finis mon challenge Klassik rapidement :)

    Tonino Benacquista : La boite noire et autres nouvelles

    Publié par Stéphanie on jeudi, janvier 31, 2008 commentaires (6)

    Couverture :
    Un homme tout juste sorti du coma qui reçoit de l'infirmière la transcription de ses secrets les plus enfouis, de son passé le plus perdu. Un jeune homme sur les traces d'un amour passé pour exaucer les dernières volontés de son oncle. Un type, un peu paumé, se souvient du temps où il savait arrêter la pluie. Un mari est prêt à tout pour rencontrer sa maitresse malgré une femme maladivement jalouse. Un journaliste pense réaliser sa meilleure interview et conquérir la femme de sa vie en une soirée. Autant de personnages bien ordinaires, confrontés à des situations extraordinaires, et qui, de petites lâchetés en mensonges minables, se retrouvent fatalement dans une position aussi intenable que réjouissante...

    Mon avis :
    La boite noire est l'une des 5 nouvelles de ce recueil.
    Je n'ai pas vu le film adapté, j'étais donc sans aucun a priori (sauf positif / l'auteur) en commençant cette lecture. L'idée est excellente (le coma permet d'ouvrir la boite noire que représente notre subconscient) et Tonino Benacquista l'a très bien traité. Le format nouvelle permet de ne pas se lasser des errements du héros.

    J'ai une tendresse particulière pour La volière, qui représente les quelques grammes de douceurs de ce recueil. Ici un neveu part à la recherche des dernières volontés de son oncle. Cependant, j'ai retrouvé la touche Benacquista de Saga, puisque une touche d'ironie se faufile tout de même.

    Une autre nouvelle m'a particulièrement plu : Transfert ou comment un mari amant se transforme petit à petit en mari volage.

    Un recueil à lire donc et qui peut être une excellente introduction au genre.

    Dominique Kopp : L'ordre des choses

    Publié par Stéphanie on mercredi, décembre 19, 2007 commentaires (6)

    Couverture :
    À la ferme familiale, les jours passent, uniformément monotones. Raymond, le fils mal équarri et sans charme, se languit. Cet être faible, fuyant dans l'alcool une réalité oppressante, rêve cependant de prendre femme. Seulement, en cette contrée perdue, les filles sont rares. Aussi Raymond décide-t-il d'"acheter" sa future épouse. Maïs, voilà que cet esclavagisme déguisé tourne mal, et que souffle un vent mauvais, menaçant comme jamais le fragile ordre des choses. Dominique Kopp signe ici sont premier roman.

    Mon avis :
    Difficile de parler d'un texte aussi court sans en dévoiler trop. Je serais donc encore plus concise que d'habitude : j'ai aimé ce récit à trois voix (la même histoire est successivement racontée par Raymond, sa mère et Ileana la nouvelle épousée).
    3 voix pour une même tragédie. Cette nouvelle m'a laissé une impression d'urgence et de destin irréversible. Le récit de Raymond est court, celui de la mère encore plus et celui d'Ileana encore plus. Cet effet de style approfondi le malaise et donne encore plus de force aux mots.

    L'avis de Fashion que je remercie pour le prêt :)

    Valentine Goby : Petit éloge des grandes villes

    Publié par Stéphanie on mardi, novembre 20, 2007 commentaires (11)

    Couverture :
    " J'ai lu sur la ville de Douala, vu des milliers de photos, tenu entre mes mains d'énormes volumes de documents d'archives, je l'ai traversée et je n'ai pas écrit sur Douala mais sur l'exil et la raison de vivre ; j'ai lu sur Rennes, annoté des centaines de pages, cherché des images impossibles et peu importe, je n'ai jamais écrit sur Rennes mais sur la transgression. Je ne crois pas qu'une ville, qu'un lieu soit un sujet, la ville force le regard, mon regard, je me reflète en elle, elle en moi, les lieux seuls n'existent pas, nous sommes les lieux que nous avons traversés. "

    Mon avis :
    Grasse, New-York, Paris, encore New-York, Marseille, Jérusalem, Manille... Comme Petit éloge de l'excès, il s'agit d'un recueil de nouvelles. Valentine Goby nous entraine au fil des villes où elle semble avoir vécu (ce qui est certainement le cas en lisant sa biographie.
    J'avoue que j'ai trouvé les nouvelles inégales. Celles qui m'ont le plus marquées sont certainement celles dont je connais les villes (peut-être avais je besoin de cela pour "rentrer" dans l'histoire). Je retiendrais surtout l'une des nouvelles parlant de New-York : New York Kaléidoscope qui est un mélange d'instantanés de cette ville (différents sentiments pour différents lieux).

    Laurent Graff : La vie sur Mars

    Publié par Stéphanie on dimanche, novembre 04, 2007 commentaires (3)


    Couverture :
    Un voisin homme-grenouille. Des cow-boys qui font leurs courses au supermarché. Un candidat aux élections et son jumeau. Un ninja et des piments. Une femme frigide sous la neige. Une journaliste qui parle à son chat. Un chasseur de Japonaises. Un écrivain et la Coupe du monde de football. David Vincent et les Bee Gees... La vie est étrange, parfois.

    Mon avis :
    Avant d'aller voir Laurent Graff, vendredi, lors d'une soirée lecture, je voulais découvrir ses autres livres. Après Le cri et Il ne vous reste qu'une photo à prendre, je suis donc partie gaiement au Virgin dévaliser leur rayon (comme toute LCA qui se respecte je souriais aux anges de "devoir" bientôt acheter des livres!... Oui oui, je sais grande prêtresse de la PAL, tout ceci n'est absolument pas responsable! :o)
    Malheureusement, en matière de Laurent Graf, il n'y avait en rayon que les 2 livres déjà lus! J'ai donc commandé deux autres de ses opus lorsque le libraire se rappela avoir également reçu La vie sur Mars en édition poche. Aussitôt entendu, aussitôt acheté, sans même savoir de quoi il retournait! (bon j'avoue, avec quelques autres livres, mais un était pour le club des théières!) Pardonne moi ma PAL car je t'ai encore agrandie...

    La vie sur Mars est, je pense, une sorte d'Ovni dans la biographie de Laurent Graf, je pourrais confirmer cette impression après avoir lu un peu plus de ses livres qui m'attendent au Virgin.
    Tout d'abord, il s'agit de nouvelles. Tous les styles se côtoient de l'histoire la plus absurde avec "la vie de voisin" où ces voisins se déguisent en indienne et homme-grenouille, "La vie-mon amour" jolie déclaration en passant par "La vie d'écrivain" (ma nouvelle préférée) où Laurent Graff, enfin plutôt le narrateur (quelle est la partie autobiographie, quelle est la partie inventée?) explique sa difficulté à écrire une nouvelle imposée sur le thème de la coupe du monde de foot pour le journal Le monde. Il décrit avec beaucoup d'humour le complexe de la page blanche et comment son narrateur lutte contre.

    Un avis donc mitigé mais je suis pressée de découvrir les autres romans de l'auteur dès lundi soir. Et surtout vivement vendredi afin de pouvoir évaluer le potentiel d'auteur chouchou du monsieur, avec une docteur es chouchou ;) Affaire à suivre...

    Henry James : Une vie à Londres

    Publié par Stéphanie on mardi, août 21, 2007 commentaires (6)

    Couverture :
    Une vie à Londres s'inscrit dans la lignée de Roderick Hudson, le premier roman d'Henry James, avec l'opposition puritaine du Bien et du Mal, l'Amérique moralisatrice et l'Europe morale décadente, la corruption et l'innocence. Laura Wing, jeune Américaine, native de Virginie, s'installe à Londres chez sa sœur Selina. Elle découvre avec horreur et fascination la haute société britannique qui cache son cynisme et sa décrépitude morale derrière les hôtels particuliers de South Kensington.

    Mon avis :
    Après sa contemporaine Edith Wharton, il me semblait logique de découvrir Henry James. Un livre perdu dans ma PAL depuis une éternité m'a permis de lire cet auteur dont j'ai pu apprécier plusieurs adaptations de ses oeuvres au cinéma.
    J'ai retrouvé la même peinture sociale des moeurs de l'époque qu'Edith Wharton. Peut-être Henry James est il moins acide mais il dépeint très bien les différences entre la "vieille Europe" et la "jeune Amérique".
    Une nouvelle, même de 112 pages, est un peu courte pour me rendre compte des qualités de cet écrivain. Cette mise en bouche m'a seulement donnée l'envie d'en lire plus.

    Philippe Delerm : L’envol suivi de Panier de fruits

    Publié par Stéphanie on dimanche, août 19, 2007 commentaires (1)

    Couverture :
    Rien ne distingue cet homme-là. Rien ne permet de le rendre visible. Plus visible qu’un autre… Un nom banal, un pardessus gris, un corps massif et mou dont il ne sait trop quoi faire. Difficile de peser sur ce monde… Alors il s’en invente un autre où l’air semble plus léger. Un tableau de Munch, un cerf-volant bleu ainsi qu’un étrange oiseau peint par Folon lui ouvrent les portes. Bientôt l’homme prend son envol vers des espaces aux teintes adoucies, des paysages délavés, des reliefs effacés… « Peu de couleurs et beau d’eau », disait Folon à propos de l’aquarelle. Beaucoup d’eau, peu de couleur… N’est ce pas là le mystère d’une vie plus sage et plus facile ?
    Peut être même le secret du bonheur ?


    Mon avis :
    J’ai préféré la seconde nouvelle à celle qui a donné son titre à cet ouvrage. De l’Envol ; il se dégage une sorte de résignation qui même poétique ne m’a pas laissé un grand souvenir. J’appréciais la poésie des mots sur l’instant mais j’oubliais au fur et à mesure. (Réflexion faite durant ma lecture, puisque j’ai du relire certaines phrases pour en retenir le sens). Il ne m’en restera qu’une envie, celle de mieux découvrir l’œuvre de Folon.

    Panier de fruits est l’histoire (personnelle de Delerm ? une recherche google pourra peut-être me permettre de répondre à cette question) d’un romancier publicitaire pigiste à ses heures qui invente le nouveau nom d’un yaourt « panier de fruits ». Il raconte comment alors son rapport aux mots change, son premier roman fruit de 2 ans d’efforts ne lui a rapporté que 6000F, ces trois mots lui en rapportent 20000F. Le narrateur deviendra alors une sorte de spécialiste des accroches, jeu de mots, changeant de domaine avant d’atteindre son niveau d’incompétence (je me suis demandée si ce n'était pas une allusion au principe de Peter).

    C’est moins poétique, mais plus léger, et peut-être étais je plus réceptive pour ce ton à ce moment là


    Derniere minute : visiblement, panier de fruits n'est pas autobiographique ou alors entre son écriture et son métier d'enseignant, Phlippe Delerm aurait encore eu le temps d'écrire pour la publicité... Mais rien sur ce sujet, dans les différentes biographies lues sur lui sur internet.

    Philippe Delerm : La sieste assassinée

    Publié par Stéphanie on mardi, juin 26, 2007 commentaires (2)


    Couverture :
    " Mais la minute qui compte, c'est tout à la fin. Les gestes se sont alentis, le coiffeur vous a délivré du tablier de nylon, qu'il a secoué d'un seul coup, dompteur fouetteur infaillible. Avec une brosse douce, il vous a débarrassé des poils superflus. Et l'instant redouté arrive. Le coiffeur s'est approché de la tablette, et saisit un miroir qu'il arrête dans trois positions rapides, saccadées : sur votre nuque, trois quarts arrière gauche, droite. C'est là qu'on mesure soudain l'étendue du désastre... Oui, même si c'est à peu près ce qu'on avait demandé, même si l'on avait très envie d'être coiffé plus court, chaque fois on avait oublié combien la coupe fraîche donne un air godiche. Et cette catastrophe est à entériner avec un tout petit oui oui, un assentiment douloureux qu'il faut hypocritement décliner dans un battement de paupières approbateur, une oscillation du chef, parfois un "c'est parfait" qui vous met au supplice. Il faut payer pour ça. " Quelques courts textes, pleins d'humour, qui sont autant de petites madeleines, tantôt venues de la mémoire de l'enfance, tantôt contemporaines, et saisies à la surface du temps.

    Mon avis :
    Je fais partie des fans de "la première gorgée de bière". Ici, Philippe Delerm reprend le même principe de très courtes nouvelles avec le principe du plaisir subitement gâché. Malheureusement, si son style et ce principe me plaise, il ne va pas au bout pour toutes les courtes nouvelles (ou courts instants) du livre. Certains chapitres m'ont semblé totalement incongrus dans ce recueil. Il reste cependant quelques moments de grâce, comme cette séance chez le coiffeur qui se termine mal, cette sieste assassinée ou cette pluie sur Roland Garros.

    un lien sur la biographie de l'auteur